Colmar : la Réforme |
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Blason de Colmar en 1425 Plus sur nos familles patriciennes, dont des membres du Wagkeller
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Déjà influencée par la Réforme depuis 1522, la classe dirigeante colmarienne passe majoritairement à la Réforme à partir de 1575, et, en cette année, la ville adopte la Réforme protestante (luthérienne) par la volonté de l'oligarchie municipale protestante, dont nos ancêtres directs et des cousins, comme les Stattmeister Hans Goll, Michael Buob, le Gerichtschreiber Andreas Sandherr, des plus actifs à imposer la Réforme luthérienne (voir Wagkeller). En l'absence d'un réformateur local, ce sont les laïcs qui jouèrent un rôle modérateur plus efficace que les théologiens souvent autoritaires. Les caractères spécifiques de leur protestantisme furent : prédominance de la collectivité des fidèles, libéralisme, constitution démocratique (Leuilliot, 1950). En effet, la Réforme est liée chaque fois une volonté émancipation face un pouvoir extérieur, donc un acte d'émancipation politique. Néanmoins, les motifs religieux subsistent dans la décision politique. En associant étroitement l'aspect religieux avec le contexte politique et social de la ville de Colmar, von Greyerz (1980) met en lumière la spécificité de la seconde vague de Réforme urbaine au sein de l'Empire, en prenant Colmar comme exemple. À la différence de la première moitié du siècle où chaque ville bénéficiait de la présence d’un réformateur, une telle absence à Colmar a contribué à limiter la diffusion de la Réforme aux seules strates supérieures et moyennes de la population, d’où la décision du maintien d’une communauté catholique ; ainsi, la partition confessionnelle a été accompagnée un clivage social, aussi une certaine orthodoxie luthérienne n’a pu devenir un mouvement plus large. L'encouragement donné par introduction de la Réforme à Haguenau et la volonté d'émancipation face aux Habsbourg, représentés par le Reichslandvogt (grand-balli impérial) de la Décapole, incitent le Magistrat [*] de Colmar à introduire la Réforme en 1575. Il agit d'une Réforme imposée (Ratsreformation) par l'élite économique et sociale de la ville remarquable par sa cohésion due à l'endogamie sociale et à son éviction progressive des prébendes du chapitre Saint-Martin (collégiale catholique). Les motifs politiques tiennent une place importante dans cette option qui a fait partie de la seconde vague de Réformes urbaines dans le Saint-Empire, postérieure à la paix d'Augsbourg (1555). Cette paix accorde aux princes et aux villes le jus reformandi (droit de réforme) en imposant la religion (cujus regio, ejus religio). Ce droit s'appliquait aux villes impériales mais n’était possible que si la Réforme avait été introduite dans la ville lors de l’application du Augsburger Religionsfrieden (Paix d’Augsbourg en 1555), ce que les luthériens colmariens ont pu prouver à l’Empereur. Dès 1534, George 1er (1498-1558), comte de Wurtemberg-Montbéliard, avait déjà introduit la Réforme dans ses possessions aux portes de Colmar notamment dans les seigneuries de Riquewihr et de Horbourg.
Samedi 14 et dimanche 15 mai 1575...
Buob Michael, boucher, premier chef des tribus à Colmar, penchait depuis longtemps vers la Réforme et cherchait les moyens de l'implanter dans sa ville natale. Le 14 mai 1575, le Magistrat s'étant réuni, l’Obristmeister Buob prit la parole et proposait que la ville libre impériale [freie Reichstadt] de Colmar avait le droit d'arranger sa religion comme bon lui semblait, en vertu de la Paix d’Augsbourg de 1555, et que par conséquent il était temps de céder au vœu de la portion éclairée de la bourgeoisie et de lui accorder le pur Evangile, objet de ses désirs. Le Schultheiss Hans Goll, le Stattmeister Gregorius Berger, le conseiller Sebastian Wilhelm Linck von Thurnburg et le Stadtschreiber Beat Henslin, appuyèrent sa motion et il fut décidé, séance tenante, qu'« afin de prévenir tout mouvement populaire, » la décision prise à une grande majorité serait exécutée dès le jour suivant. Ci-contre, le texte en facsimilé de Hunkler (1838) et ci-dessous, la traduction faite par Mossman (1853). « Attendu, y était-il dit, que l'honorable conseil n'a pu obtenir jusqu'ici de prédicateur qui convint à ceux des bourgeois qui se rendent chaque dimanche aux offices dans les communautés voisines, il décrète qu'il sera institué, dans l'ancienne église des frères Déchaux, un prédicateur chargé de prêcher selon les dogmes de la confession d'Augsbourg. Ainsi la Réforme fut introduite ; mais une partie considérable de la bourgeoisie se prononça énergiquement contre. Comme Buob, Linck et Goll furent ceux qui principalement œuvrèrent dans l'introduction du protestantisme à Colmar, le peuple leur a fait ce quatrain en jeu de mots :
Au cours de la dévastatrice guerre de Trente-Ans (1618-1648), et à partir de 1627, la Contre-Réforme marque un coup d'arrêt au développement des familles protestantes de Colmar et pour beaucoup un "exil" même local pour s'installer dans les possessions protestantes dans les environs de Colmar, ou au-delà. La prise de Colmar par les Habsbourg en 1627 permet d'imposer le retour au culte catholique, début de la courte Contre-Réforme catholique entre 1628 et 1632, la Réforme étant abolie, des membres s’exilèrent, notamment vers Bâle et aussi dans les possessions princières allemandes et protestantes des environs, notamment les seigneuries de Rappolstein (Ribeauvillé), de Riquewihr, de Horbourg. En 1632, la prise de Colmar par les Suédois permet de rétablir le culte évangélique (luthérien). [*] Der Magistrat (lateinisch magistratus ‚Behörde‘) ist in Deutschland ein Kollegialorgan an der Spitze der Verwaltung einer Stadt mit Magistratsverfassung; in einer Gemeinde ohne Stadtrechte nennt sich dieses Organ Gemeindevorstand. Note : je rapelle que l'histoire de l'Alsace est largement méconnue des Français (que nous Alsaciens appelons les Français de l'Intérieur), car l'Alsace dans ses "frontières" actuelles date de 1871. Que cette région n'a été française à ce jour (de 2023) que durant 180 ans, que dans ma famille la deuxième génération née et décédée française est celle de mes enfants ! L'Alsace a appartenu à l'Empire allemand dès son origine en 962 !
Le Koïfhus (ancienne-douane) fut construit entre 1450 et 1480, puis modifié au cours des XVIe et XVIIIe siècle. Il a été le siège administratif et économique de la ville (Colmar fabriquait sa propre monnaie). Le rez-de-chaussée, notamment, servait d'entrepôt et de lieu de taxation des marchandises importées et exportées. La salle de l'étage abritait les réunions des députés de la Décapole, fédération des dix villes impériales alsaciennes de 1354 à 1679. Il sert de mairie de 1698 à 1866 (ou de 1480-1538 puis de 1725-1810, selon les sources). Il a hébergé au cours des siècles diverses structures. On peut souligner que un des concierges du Koïfhus fut…le père du futur et célèbre général Rapp qui y est né en 1771 ; ses parents étaient luthériens. Quelques références sur la Réforme à Colmar... Archives d'Alsace. La Réforme, https://archives68.alsace.eu/page/la-reforme-ou-le-protestantisme---1517-1648, consulté en 2023. Braeuner G. (2015). L'introduction de la Réforme à Colmar en 1575 : une si longue attente ! Conférence dans le cadre du 440e anniversaire de l’introduction du culte protestant à Colmar. https://www.histoires-alsace.com/, 9 p. Chauffour F. (1863). Notice sur la société du Waagkeller à Colmar. Curiosités d'Alsace, 2e année, 1e livraison, 56-78. von Greyerz K. (1980). The late city Reformation in Germany. The case of Colmar, 1522-1628. Veröffentlichungen des Instituts für Europäische Geschichte Main, Abteilung für abendländische Religionsgeschichte, 98, 236 p. Haag E. & Haag Em. (1857). Link de Thurnburg (Sébastien-Guillaume). In : La France protestante ou vies des protestants français qui se sont fait un nom dans l'histoire depuis les premiers temps de la réformation jusqu'à la reconnaissance du principe de la liberté par l'Assemblée Nationale, Cherbuliez, Paris, tome VII, p. 97-98. Hunkler T. F. X. (1838). Geschichte der Stadt Colmar und der umliegenden Gegend. Reiffinger, Colmar, 525 p. Lerse F. (1856). Geschichte der Einführung der Reformation in der ehemaligen freien Reichstadt Colmar und ihrer Folgen bis zum Jahr 1632: aus den besten gedruckten und ungedruckten Quellen geschöpft. Decker, Colmar, 232 p. Leuilliot P. (1950). Le protestantisme alsacien. Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 5e année, 3, 315-333. Metzenthin E. (1953). Anciennes familles colmariennes : les Roettlin. Annuaire de la Société historique et littéraire de Colmar, 3, 58-69. Metzenthin E. (1954). Les Kriegelstein et leur origine. In : Anciennes familles colmariennes. Annuaire de la Société historique et littéraire de Colmar, 4, 67-76. Metzenthin E. (1955). Les Goll et leur origine. In : Anciennes familles colmariennes. Annuaire de la Société historique et littéraire de Colmar, 5, 56-72. En complément par : Mossmann X. (1853). La Réforme à Colmar. Vve Decker, Colmar, 57 p. Mossmann X. (1853-1854). Histoire de la Réformation à Colmar. Revue d'Alsace, 4 (1853), I. p. 345-356 et II. p. 546_561 ; 5 (1854), III. p. 316-333 et IV. p. 355-359. Mossmann X. (1878). Recherches sur la constitution de la commune à Colmar. Vve Jung, Colmar, nouvelle édition, 175 p. Rocholl H. (1875). Anfänge der Reformation in Colmar: ein Beitrag zur Reformations-Geschichte des Elsass. Lang & Rasch, Colmar, 68 p. Rocholl H. (1876). Die Einführung der Reformation in der ehemaligen freien Reichsstadt Colmar: Ein Beitrag zur Reformations-Geschichte des Elsass : mit 3 Beilagen. Lang & Rasch, Colmar, 248 p. Waldner E. (1902). Baugeschichtliches aus dem alten Colmar. Mittheilungnen der Gesellschaft für Erhaltung der geschichtlichen Denkmäler im Elsass, 2e Série, 20, 99-103, 1 pl. Wallace P. G. (1995). Communities and conflict in early modern Colmar: 1575-1730. Studies in Central European Histories, vol. 6, 299 p. Will E. (1964). Die Reformation in Colmar im Spiegel der dortigen Konsistorialbibliothek. Archiv für Reformationsgeschichte, 55 (1), p. 74-82.
Carte Colmariensis civitatis & circumjacentis agri pictura ad vivum expressa, |
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