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Äschbach

Äschlimann

Äschbacher

Äschimann


Sommaire

➔  1. Etymologie du nom Äschbach et blasonnement des armoiries
      ➔     Et plus sur l'ombre commun ou Äsche...
➔   2. Etymologie du nom Äschbacher et blasonnement des armoiries
➔   3. Notes sur les armoiries des Äschlimann et Äschimann
➔   4. Observations
➔     Liens
➔     Références

 

Äsch, Asche, Ombre commun : une figure héraldique bien méconnue

 

1. Etymologie du nom Äschbach et blasonnement des armoiries

Les recherches menées sur la descendance de l’ancêtre Hans Eschbach et ses armoiries ont permis de mettre en évidence que l’analyse étymologique du patronyme était contredite par les armoiries de bourgeoisie de l’ancêtre. Or, nous ignorons ses conditions de vie dans son village d’origine qui est probablement Eschbach bei Waldshut, dont le toponyme viendrait du celte esc qui signifie trouble, sale – donc une rivière turbide voir https://www.wt-eschbach.de/geschichte/. Or,  l'étymologie habituellement admise pour Eschbach signifie une frênaie (Esch) au bord d’une rivière (Bach).

Fig 1. - Blason des Äschbach de Leutwil - le nouveau blasonnement est : In Blau begleitet von drei sechsstrahligen, goldenen Sternen (2, 1) silberner Wellenbalken mit blauem Aesche (Fisch) - D’azur à la fasce ondée d'argent chargée d'un ombre commun d'azur, avec trois étoiles d’or, deux en chef et un en pointe [Note : le blasonnement originel n'a pas été trouvé]. Dessin original - © C. Emig)

Cependant, Hans Eschbach quand il se marie à Brugg change son patronyme pour Äschbach, ce qui ne change pas la phonétique du nom, mais ses armoiries de bourgeois représentent un poisson et non un Eschbaum (ou frêne). Aussi, la question se posa de savoir quelle est cette espèce de poisson et de chercher que signifie le mot Äsch et de voir s’il y avait bien une signification différente de Esch. Deux dictionnaires sont sollicités qui donnent la même réponse pour la région géographique concernée : Äsche y est le nom du salmonidé Thymallus thymallus (Linné), son nom d'espèce actuel, d'après le Rheinische Wörterbuch (dictionnaire de l'allemand rhénan) et du Schweizerischen Idiotikon (en Schweizerhochdeutsch), il y est aussi nommé Alpenforelle ou truite alpine. Dans la version révisée et complétée entre 1965 et 2018 du dictionnaire allemand de Grimm & Grimm, ce mot a été introduit en ce sens, mais sans plus précision.
Ainsi s'explique bien la présence d'un poisson dans le blason des Äschbach, et dont le nom est maintenant identifié.

Fig. 10. - Description originelle de l'espèce nommée aujourd'hui Thymallus thymallus par Linné en 1758.
Nom vernaculaire en français : Ombre commun.

Fig. 2. - Définition de Äsch (Asche) : extrait du Schweizer Idiotikon.

Ce poisson a été décrit par Linné en 1758 sous le nom Salmo thymallus probablement pour son odeur de thym qui vient de son mucus ; il est originaire du bassin du Danube. C’est une espèce grégaire qui vit en banc dans des eaux vives et fraîches. Sa nageoire dorsale colorée, longue et haute, est soutenue par une vingtaine de rayons et son œil est cerclé de jaune. Elle a été introduite dans diverses régions françaises. En Suisse, l'ombre commun (son nom en français) a fait l'objet d'une étude scientifique en 2002 suivie de plusieurs autres depuis : voir https://www.thymallus.ch/.
 

Fig. 3. - Représentation de Thymallus thymallus ou Ombre commun. Ci-dessus : un fac-similé de la planche 24 du livre de Bloch (1785). Ci-dessous : la figure héraldique dans le blason des Äschbach du canton d'Aargau: a- d'après Steiner (2003) ; b- la nouvelle représentation à partir des détails énoncés ci-dessus, dont le nom du poisson représenté - voir blasonnement Fig. 8.

Ainsi s'explique les armoiries de la famille Äschbach en Aargau à l’époque bernoise, car c’est bien ce poisson qui est représenté héraldiquement (donc avec une certaine liberté figurative) dans les blasons familiaux.
En recherchant des armoiries comportant des poissons (indéterminés) notamment en Alsace, en Suisse et dans le Sud de l’Allemagne, on peut constater que l’Ombre commun y est représenté dans des blasons (comme pour la ville d'As ou Asch (Tchéquie), Eschenbach (Bavière) et des armoiries de la noblesse française. Car en fait, c'était un poisson présent en nombre dans de nombreuses rivières et fleuves de ces régions.

Et plus sur l'ombre commun ou Äsche...

L’ombre commun à des origines très anciennes, issu d'un bloc sibérien de salmonidés au cours du Pliocène (Tertiaire). Il est localisé dans le Haut Danube et le Rhin, dans la première partie du Wümr final (vers 20 000 ans). Sa taille peut atteindre 50 cm, voire 60, et son poids jusqu’à 1,7 kg.
La Suisse était autrefois un Äschenparadies (paradis pour l'ombre commun). Ce poisson exigeant sur le plan écologique y trouvait en abondance de quoi satisfaire ses besoins. C'est un représentant typique des rivières profondes à fort courant à température fraîche (20° et moins), non polluées, et aux fonds graveleux à sableux perméables. De tels habitats se trouvaient notamment dans le bassin du Rhin et de ses affluents dans les cantons de d’Aargau et de Berne.
La distribution de l’ombre commun dans les trois bassins versants du Rhin, Danube, Rhône fait suite à une colonisation postglaciaire (il y a moins de 20 000 ans). En France et en Suisse, les populations des bassins du Rhin et du Rhône se distinguent nettement génétiquement. En France, la présence de l’ombre dans d’autres bassins est très récente et liée à la construction de canaux et de peuplement fait par l’homme.

Fig. 4. - Distribution géographique de Thymallus thymallus vers la fin du XIXe siècle.

Aujourd’hui, l’ombre commun est une espèce de poisson menacée à l'échelle européenne : elle est protégée et placée sur la liste rouge en Suisse et en France. Les dégradations de son habitat ont commencé à la fin du XIXe siècle avec le début de l'industrialisation : modifications des cours d’eau, barrages, la pollution, changement climatique, baisse des proies, apparition de prédateurs, surpêche…

Fig. 5. - Blason originel de Fontaine-de-Vaucluse (France).

Il est intéressant de noter que le blason de Fontaine-de-Vaucluse (rond rouge en bas de la Fig. 4 ; Fig. 5) blasonne : d'azur, à une truite et à un omble d'argent, posés l'un sur l'autre. Ce sont deux poissons peuplant la rivière de la Sorgue qui traverse ce village, connu sous Valle Clausa (Vallée Close) dès 979, devenu Vaucluse avant sa dénomination actuelle depuis 1946. La Sorgue se jette dans le Rhône un peu en amont d'Avignon, à une trentaine de km.

 


2. Etymologie du nom Äschbacher et blasonnement des armoiries

Le patronyme Äschbacher (aujourd'hui écrit Aeschbacher) est un ancien nom de famille de l'Emmental (canton de Berne). Son étymologie, comme celle d'Eschbach ou Äschbach (voir ci-dessus) est généralement celle du toponyme Esch(baum) ou frêne (arbre) au bord de l'eau : or, les armoiries de bourgeoisie la contredisent par la présence dans l'écu du poisson Äsch ou Äsche, en français ombre commun, qui est intimement liée à ce patronyme.
Nos parentés se font avec deux familles Äschbacher : par alliance avec celle d'Eggiwil (Fig. 6).

Fig 6. - Armoiries de la famille Äschbacher d'Eggiwil : Geteilt, von Silber schwarzer Adler mit rotem Schnabel, und von Blau silberner Rechtsschräg-wellenbalken nach der Figur mit blauem Äsche (Fisch) - Coupé d'argent à l'aigle éployé de sable, becqué de gueules, et d'azur à la barre ondée d'argent senestre chargée d'un ombre d'azur.

Dans la famille Äschbacher de Rüderswil (Fig. 7), Elsbeth Äschbacher est notre Sosa 971, génération 10 : elle se marie avec Alexander Klaÿ de Sumiswald. Ils sont des ascendants de mon arrière grand-mère Anna Meister (1849-1918), épouse de Gottfried Schürch (1856-1921) de Huttwil (Bürgerort Sumiswald). Voir aussi Äschlimann ci-dessous.

Fig 7. - Armoiries de la famille Äschbacher de Rüderswil : Geteilt, von Gold mit rotem Schnabel und bewehrter, schwarzer Adler, und von Blau silberner Rechtsschräg-wellenbalken nach der Figur mit blauem Äsche (Fisch) - Coupé d'or à l'aigle éployé de sable, becqué et armé de gueules, et d'azur à la barre ondée d'argent senestre chargée d'un ombre d'azur.

 


3. Notes sur les armoiries des Äschlimann et Äschimann

Le patronyme Äschlimann est un nom ancien originaire de l’Emmental (canton de Berne) et plus précisement de Langnau im Emmental : il s’écrit aujourd’hui Aeschlimann (sans umlaut !). La méconnaissance des armoiries associées à ce nom a conduit à en donner une étymologie erronée en considérant Äschli comme un toponyme, alors c’est le nom d’un poisson salmonidé nommé Äsch (ou Asche), en français ombre commun, et aussi Alpenforelle ou truite des Alpes, suivi de Mann (= homme) a été ajouté pour signifier qu’il s’agit d’un patronyme – voir aussi Äschbacher ci-dessus.
Notre parenté remonte à Bendikt Äschlimann, né en 1518 à Langnau im Emmental, notre Sosa 16360, génération 14, par mon arrière grand-mère Anna Meister (1849-1918), épouse de Gottfried Schürch (1856-1921) de Huttwil (Bürgerort Sumiswald).
Les armoiries originelles ne sont pas connues mais pourraient être proches de celles qui blasonnent : In Blau zwei gekreuzte, silberne Äschen (Fisch) begleitet von drei goldenen Rosen (2, 1), am Ort steigender, gebildeter, goldener Mond - D’azur, deux ombres communs argentés croisés (poissons) accompagnés de trois roses dorées (2, 1), et en chef une lune dorée ascendante.
En effet, les différentes branches familiales ont développé des armoiries de bourgeoisie personnalisées et se modifiant dans le temps. C’est le cas pour la branche venue de Langnau s’installer à Sumiswald et qui blasonnent : In Rot auf grünem Dreiberg wachsender, silbern bekleideter Mann mit silbernem Hut, in der Rechten silbernes Fischernetz, in der Linken eine silberne Äsche (Fisch) - De gueules, un homme vêtu d'argent, coiffé d'un chapeau d'argent, tenant un filet de pêche en argent dans sa main droite et un ombre argenté dans sa main gauche, et soutenu d’un mont de trois coupeaux de sinople.

Notre parenté remonte à Bendikt Äschlimann, né en 1518 à Langnau im Emmental, notre Sosa 16360, génération 14, par mon arrière grand-mère Anna Meister (1849-1918), épouse de Gottfried Schürch (1856-1921) de Huttwil (Bürgerort Sumiswald) - voir aussi Äschbacher ci-dessus.

 

Le patronyme distinct Äschimann (ou Aeschimann) a la même étymologie : il est porté par les Äschimann originaires de Lützelflüh, avec une branche venue s'installer à Sumiswald, avec laquelle notre parenté par alliance est faite par Johannes Schürch (1685-1757) de Sumiswald.
Les armoiries blasonnent : ln Rot halber, silbern bekleideter Mann mit grunem Hut, in der Rechten pfahlweise eine silberne Äsche (Fisch) - De gueules, un homme vêtu d'argent avec un chapeau vert, tenant un ombre argenté (poisson) verticalement dans sa main droite.

 


4. Observations

Parmi les blasons d'autres familles ayant des figures d'ombres communs, on peut citer des von Äsch (ou von Aesch), Äschbach (ou Aeschbach), Äschbacher (ou Aeschbacher), Äschlimann (ou Aeschlimann), Äschwanden (ou Aeschwanden) : voir https://wappensammlung.ch/index.php/wappensammlung/wappen-a-b/aarau-aklin?start=480 et pages suivantes.
Les descendants peuvent aussi avoir plus ou moins modifiés les armoiries originelles de leurs parents, d'autant qu'elles peuvent aussi être liées avec le Bürgerrecht. Environ 80 % des familles suisses ont des blasons familiaux.

Il semble bien qu'en l'onomastique des familles suisses, il a été omis de faire un lien entre l'étymologie des patronymes et l'héraldique de ces familles et de leur armoiries et écus. C'est une remarque qui parait bien se justifier ici, car en ce qui concerne l'étymologie de Esch... qui curieusement ne prend pas en compte la relation avec Äsch... non avec le toponyme lié à des frênes (Eschbaum) mais avec le poisson Äsch ou ombre commun. Et pourtant, cela est lisible sur de nombreux blasons familiaux suisses, alors que le site familiennamen.ch/ ne donne que la première définition.
Il faut aussi remarquer que les sites généralistes de généalogie ont la fâcheuse tendance à ne définir les patronymes que par des étymologies courantes, alors que l'onomastique doit tenir compte des spécificités locales et familiales, incluant les langues et dialectes locaux. La Suisse alémanique est une région particulièrement riche en ces particularismes, avec des variants plus ou moins nombreux selon les lieux et les cantons en fonction des usages des dialectes alémaniques (Schwitzerdütsch).


Liens


Références

Bloch M. E. (1785). Ichtyologie, ou Histoire naturelle, générale et particulière des poissons. Chez l’auteur, Berlin, 1e Partie, 37 Pl. (Salmo thymallus : Pl. 24).

Cattanéo F., et al. (2011). Caractérisation génétique des populations d’ombre commun (Thymallus thymallus l.) de Suisse et France transfrontalière.  Applications à la conservation et à la gestion de l’espèce. Hesso, Genève, 76 p.

Dubler A.M. (2008). Droits territoriaux. Dictionnaire historique de la Suisse, https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/047691/2008-09-09/, consulté le 18.07.2025./p>

Emig C. C. (2018). De l’origine bernoise des Peterschmitt. Nouveaux eCrits scientifiques, NeCs_02-2018, p. 1-17, avec Addendum 2025 : Origine de la famille Peter de Gontenschwil (Aargau).   pdf

Kopp P. F. (2014). Armoiries. Dictionnaire historique de la Suisse. https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/012809/2014-12-27/, consulté le 18.07.2025.

Linné C. (1758). Systema naturæ per regna tria naturæ, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis. Salvi, Stockholm, vol. 1, édition 10 révisée, 824 p. [Salmo thymallus, p. 331]

Steiner P. (2003). Aeschbach (Wynen-, See-, Bünz-, Suhrental). Historische Vereinigung Wynental, https://www.hvw.ch/aeschbach.242de.html?ovy=2 , consulté le 20 juillet 2025.