Famille Emig - Sturm

Courte biographie de Brauer Jean, condamné à vie au bagne en Guyanne, puis à Ensisheim - les relations familiales

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      Jean BRAUER est né le 15 janvier 1817 à Riquewihr dans une famille protestante. Il est vigneron, puis, dès 1852, tisserand de profession.
      Il s'est marié le 5 décembre 1849 à Riquewihr avec Anne Marie SPITTLER (°1824 Riquewihr - †1858 Riquewihr) ; trois enfants naissent de cet union : Catherine (°1852), Barbe (°1855 - †26.12.1857), un enfant mort-né (28.12.1857) et sa mère Anne Marie meurt en couches le 4.1.1858. Son mariage (catholique) en secondes noces avec Madelaine FLODERER (°1837 Ribeauvillé), célibataire et catholique, a eu lieu en 1861 à Ribeauvillé où il habitait probablement depuis la mort de sa première épouse. Leur fille Madeleine BRAUER est née en1863 à Sainte-Marie-aux-Mines.

Qui est Jean BRAUER dans notre généalogie ? Nous cousinons à la fois par les EMIG go et par les STURM go c'est-à-dire par mes deux arrières grands-parents paternels
- voir aussi arbre ci-contre.

      Le casier judiciaire de Jean BRAUER 1 go s’ouvre à partir de 1853, sous le matricule 17584 - les extraits ci-dessous du casier sont en facsimile :

  • « Il est condamné par le tribunal correctionnel de Colmar le 19 juin 1853 à trois mois de prison pour bris de clôture, dévastation et outrages. Il est libéré à Colmar le 8 septembre 1853. »
  • « Le 30 juillet 1853 à un an de prison pour tentative d’évasion par bris de prison. Il est libéré à Colmar le 7 septembre 1854. »
  • « le 12 juillet 1856 à deux mois d’emprisonnement pour coups et blessures. Il est libéré à Colmar le 11 septembre 1856. »

      Son casier judiciaire indique : « Brauer est un ancien garde forestier révoqué. C’est un malfaiteur très dangereux qui était la terreur de la commune qu’il habitait. »

      En automne 1865, il est soupçonné d'assassinat avec vol sur la personne de Jean Baptiste GAIRE : l'assassinat a eu lieu de 25 septembre 1865 à Lalaye (67220), village situé à 3,5 km de Villé.


Extrait facsimilé de la p. 16, article de Nicolas B. & V. Muller, 2013. Alsaciens condamnés au bagne de Toulon (2e série, IV).
Bulletin du Cercle généalogique d'Alsace, 181, p. 15-24.

BRAUER Jean, matricule n° 17584, tisserand, marbrier, ° 1817 à Riquewihr (68), marié, condamné le 12 décembre 1865 à vie ; motif : Homicide volontaire suivi d'un vol qualifié. Transféré en Guyane le 8 janvier 1866. Registre : 10176.

  • Jean BRAUER, ° Riquewihr 15.1.1817, fs de Christophe B., journalier, 49 ans, et de Barbe UMDENSTOCK, 38 ans.

  • Jean Baptiste GAIRE, + Lalaye 25.9.1865, cultivateur, 62 ans, ° Lalaye, veuf de Marie Barbe HUMBERT, fils des défunts Jean Baptiste G. et de Marie HUMBERT.

Le capitaine de gendarmerie impériale informe le préfet le 29.9.1865 : « ...un assassinat, suivi de vol, a été commis le 25 de ce mois sur le Sieur Gaire, Jean Baptiste, âgé de 61 ans, propriétaire à Lalaye ; on trouva ce dernier vers 5 heures du soir, gisant dans une chambre du rez-de-chaussée de sa maison, le crâne totalement fracassé, et ne donnant presque plus signe de vie ; vers minuit il rendit le dernier soupir. Un gros marteau ensanglanté, qui avait évidemment servi à commettre le crime, était placé près du cadavre, une armoire était ouverte, et ce qu'elle contenait complètement boulversé. On soupçonne trois individus étrangers à la commune, qui avaient été vus la veille chez le Sieur Gaire, comme pouvant être les auteurs de ce forfait, mais jusque là, les recherches faites pour les découvrir ont été vaines... »

(ABR, 3M 893, Lalaye)

Lettre du commissariat de Villé, daté le 25.9.1865, au sous-préfet de Schlestadt (Sélestat), transmise par lui au Préfet du Bas-Rhin, le 27.9. et reçue le 28.9.1865.

Monsieur le Sous-Préfet

J'ai l'honneur de vous informer que ce jour entre 4 et 5 heures de relevée, un assassinat suivi de vol a été commis au domicile et sur la personne du Né Gaire Jean Bte âgé de 61 ans, veuf et propriétaire à Lalaye, dont sont soupçonnés les Nés Brauer Jean ou Jean Bte né à Ribeauvillé, ex militaire du 2e régiment de marine, tisserand demeurant à Sainte-Croix-aux-Mines (Haut-Rhin) et deux autres individus inconnus jusqu'à présent. Une 1/2 heure avant le Crime ces deux individus ont été vus aux alentours et dans le domicile même de la victime qui est une maison isolée. Un 1/4 d'heure après le crime ces mêmes individus ont été rencontrés par d'autres témoins se dirigeant vers Bassemberg. Toutes les recherches faites dans les communes environnantes pour découvrir ces individus sont restées sans succès.
J'ai transmis le signalement de Bauer et de ses deux complices à mon Collègue de Sainte-Marie-aux-Mines.

Je suis avec le plus profond respect
Monsieur le Sous-Préfet
Votre très humble et très dévoué serviteur
Le Commissaire de Police
Nanse
(signature) »


      En date du 12.12.1865, il est rendu coupable par la Cour d'assises de Strasbourg « d’un homicide volontaire commis avec préméditation le 25 septembre 1865 à Lalaye, un homicide volontaire qui a précédé un vol commis par plusieurs personnes dans une maison habitée : il est condamné en vertu des articles 295, 296, 297, 302, 304, 386, 463, du code pénal à la peine de travaux forcés à perpétuité. » Avec la mention sans pourvoi en cassation.
      Il est admis au bagne de Toulon le 31 décembre 1865 sous le matricule n° 13674. Sur ordre du Préfet maritime en date du 30.12.1865, « il est détaché de la chaîne le 8 janvier 1866 et embarqué pour la Guyane sur le transport la Cérès parti le même jour » [extrait de son casier].
      Au bagne de Guyane, son registre de matricule 1 go porte les mentions suivantes dans la rubrique Mutations (voir aussi ci-contre le fac simile - cliquez dessus pour agrandir) :

  • Evadé des chantiers forestiers le 22.6.1866, réintégré le 25.
  • Evadé des chantiers forestiers le 4.7.1866, réintégré le 8.
  • Evadé des chantiers forestiers le 30.9.1866
  • Réintégré aux Prisoniers flottants le 23.11.1866
  • Parti pour la France, sur la Cérès, le 19 mai 1873 ayant opté pour la nationalité allemande.

      Rappelons qu'en exécution de l'article 2 du Traité de Francfort du 10 mai 1871 signé entre l'Allemagne et la France et de l'article 1 de la convention additionnelle du 11 décembre 1871, les personnes nées dans les territoires annexés par l'Allemagne eurent la faculté d'opter. L'article 4 de la convention additionnelle du 11 décembre 1871 prévoyait que « les condamnés originaires des territoires cédés qui sont actuellement détenus dans les prisons, maisons centrales et établissements pénitentiaires de la France ou de ses colonies » seraient remis aux autorités allemandes, mais le ministère des Affaires étrangères avait jugé que « les condamnés à quelque catégorie qu'ils appartiennent ne sont pas déchus de la faculté d'opter pour la nationalité française ».
      Ainsi Jean BRAUER a opté dans les mêmes conditions que les alsaciens libres. Sa feuille d’option n’a pas été trouvé dans le fonds d'archives comportant des bagnards in Barbiche S. (consulté en 2013) : Alsaciens-Lorrains ayant opté pour la nationalité allemande (1872-1873) BB/31/508 à 510, BB/31/531 - Répertoire alphabétique.

      En 1886, au mariage de leur fille Madeleine BRAUER avec Henri Meyer (°1859 Ingersheim) à Colmar, un des témoins fut Antoine BOSSARTT qui habitait à la même adresse (16, Kleeackergasse/rue du Trèfle) que Madeleine FLODERER et sa fille Madeleine BRAUER. Le père Jean BRAUER habitait Ensisheim en 1886, où il est mort le 30.9.1891. Sa veuve Madeleine FLODERER se remarie à Colmar en 1892 avec son compagnon Antoine BOSSARTT (° 1841 Thannenkirch).

      On ne peut s’empêcher de faire un parallèle entre la présence de Jean BRAUER à Ensisheim et la maison centrale d'Ensisheim, qui est transformée au XIXe siècle par les entrepreneurs généraux en usine textile, accueillait des hommes condamnés à des peines d'emprisonnement correctionnel de plus d'un an, et des condamnés à la réclusion criminelle, ce qui fut le cas du tisserand Jean BRAUER, par les français, confirmée par les  autorités allemandes, notamment dans son acte de décès.
      Ce dernier porte le n° 55, daté du 1er octobre 1891 dans le registre des décès d’Ensisheim (p. 326 en ligne) et il stipule : « Zufolge der amtlichen Anzeige der Kaiserlichen Strafanstalt-Direktion hierselbst vom gestrigen Tage, wird nach Streichung des neben stehenden Vordrucks eingetragen, daß Johann Brauer, Weber, 74 Jahr alt, evangelisch, wohnhaft zu Heilig-Kreuz, geboren zu Reichenweier, Kreis Rappoltsweiler, Ehegatte von Magdalena geb. Flotteres, Sohn... am dreißigsten September im Jahre acht hundert neunzig und eins, Vormittag um sechs Uhr, zu Ensisheim verstorben ist. » [traduction : Selon l'affichage officiel par la direction de la prison impériale hier ici même, est consigné, après la suppression du formulaire ci-contre, que Jean Brauer, tisserand, âgé de 74 ans, protestant, demeurant à Sainte-Croix, né à Riquewihr, district de  Ribeauvillé, époux de Magdalena née Flotteres, fils de... est décédé le trentième jour de septembre de l'année mille huit cent quatre vingt et un, le matin à six heures, à Ensisheim.]

Ainsi, Jean BRAUER est mort en prison – il a bien purgé sa peine à perpétuité !

Arbre ascendant de Jean BRAUER
cliquez dessus pour l'arbre en entier

En rouge go : la parenté avec mon arrière-grand-père paternel Jean-Jacques EMIG (1836-1916).
En orangé go : celle avec mon arrière-grand-père maternel George STURM (1839-1922).
En vert : le grand-père de Jean BRAUER qui s'est marié avec en première noces en 1739 avec Anna Catharina FRÖHLICH, en secondes noces avec Anna Catharina NADELHOFFER en 1747.


Arbre ascendant de deux des
filles de Jean BRAUER

  • go  Catherine BRAUER (mère Splittler)
  • go  Madeleine BRAUER (mère Floderer)

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    Des liens...

    go Revue criminocorpus : les bagnes coloniaux
    go ANOM - recherche sur les bagnes coloniaux
    go Optants allemands de France

     


    1go  Les documents judiciaire et pénitenciaires (en deux parties) de Jean BRAUER sont consultables à l’ANOM (Archives Nationales d'Outre-Mer, Aix-en-Provence).
      Le dossier individuel est sous la référence FR ANOM COL H 1274 et
      Le registre matricule (ní 13674 - bagnes de Cayenne) est sous la cote H2165 (microfilm coté 78MIOM/289).
      Le matricule dans l’extrait des minutes du greffe de la Cour d’assisses du Bas-Rhin est « N°17584 admis au bagne de Toulon le 31 décembre 1865. » Cet extrait, inclus dans les documents cités ici, comporte des ajouts en rouge de données fournies par le bagne.

    Nota : pour faire une recherche dans les fonds des bagnes coloniaux, consultez l'ANOM [Archives Nationales d'Outre-Mer]


     

     


    A lire :

    Emig C. C. (2013). Courte et incomplète biographie du bagnard Jean Brauer de Riquewihr. Bulletin du Cercle généalogique d'Alsace, 182, 88-91.