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  Joseph GRABER (1840-1923) et la race bovine montbéliarde

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Joseph GRABER (1840-1923)
et la race bovine montbéliarde

 

      Si l’histoire de la race montbéliarde est connue, l’identité de ce Joseph GRABER n’est jamais indiquée., car chez les GRABER, trois prénoms, à savoir Jean, Joseph et Pierre, sont portés par plus de 60 % des hommes - mieux vaut donc préciser afin d’attribuer l’invention de cette race à la bonne personne.

      Joseph GRABER est né en 1840 et décédé en 1923, à Couthenans.  Il est le fils de Pierre GRABER (1791-1849) de Couthenans et de Louise (*) KRAIBULL (1802-1884) d’Allenjoie. Joseph se marie en 1866 à Belfort avec  Catherine KLOPFENSTEIN (1842-1910), et trois enfants naîtront : Abel (1867-1967), Anne (1869-1950), et Pierre (1872-1931), dont l’arrière-petit-fils, Thierry Hückel, habite toujours dans la ferme familiale à Couthenans. Comme la plupart des membres de la famille, ils sont anabaptistes (mennonites) - d'autres sont devenus protestants, voire catholiques. Voir carte de répartition géographique ci-dessous.
      Il est intéressant de noter, de telles données étant trop rares, qu’en 1855, la population de Couthenans se composait de 66 familles et 295 habitants, savoir:  255 protestants de la confession d’Augsbourg (luthériens), plus 8 mennonites et 32 catholiques. Depuis 7 ans, 5 familles ont émigré pour l’Amérique.


Localisation de la Ferme Graber sur le cadastre napoléonien (vers 1826).

Localisation sur Google map

Photo de cette ferme (date inconnue) - [cliquez dessus pour la voir en 2014 ]

      L’ancêtre Peter GRABER est né en 1681 à Huttwil dans l’Emmental (Canton de Berne, Suisse), d’où il fut chassé par les protestants en tant que Taufer (anabaptiste). Il se réfugia à Jebsheim (Haut-Rhin, Alsace), d’où il dut partir en 1715 à cause de l’exécution d’un ordre d’expulsion de 1712 de Louis XIV contre les anabaptistes en Alsace. Il trouva refuge à Etobon (Haute-Saône, Franche-Comté) dans la Principauté de Wurtemberg-Montbéliard (**) (luthériens) ,qui faisait partie du Saint-Empire romain germanique (jusqu’en 1793 où elle devint française). Dans chaque village, et surtout dans la terre d'Etobon (près d'Héricourt, Haute-Saône), le prince s'appropriait des maisons pour y placer des fermiers de ses grands domaines. Parmi ceux-ci, se trouvaient les GRABER, cités sous Anabaptistes ou Mennonites, expulsés du canton de Berne et d'Alsace pour cause de religion, arrivés d'Alsace en 1715. Dès 1716, Peter GRABER a introduit la culture de la pomme de terre à Etobon
      Peter décède en 1727 à Etobon. Son fils Johann, né en 1707 à Jebsheim, s’installe à Friederichsbron (aujourd'hui Frédéric-Fontaine - Haute-Saône, Franche-Comté) où naissent ses six enfants, puis il vient s’installer en 1746 à Couthenans où il décède en 1779. Dans ces villages, la venue des anabaptistes GRABER va bouleverser de manière forte les méthodes agricoles du moment.

Selon un récit proche de la légende... « Jean Graber et Jean Riche ont été invités par le prince de Montbéliard (**) dans son château. Quand ils arrivèrent, le prince leur a dit que sa femme voulait avoir douze vaches toutes semblables, venant de Suisse. Ils n’osèrent pas refuser et allèrent en Suisse où ils trouvèrent onze vaches tachetées blanc et noir. Mais ils ne trouvèrent pas une douzième donnant satisfaction. Ils en achetèrent une blanche tachetée de rouge. Elle était beaucoup mieux charpentée que celles tachetées de noir et la ramenèrent avec les autres pour le prince. Quelques jours plus tard, le prince leur demanda quelle récompense ils désiraient. Il leur offrit une ferme en propriété à chacun, mais Jean Riche refusa, alléguant que si une nouvelle période de persécution revenait à l’endroit des anabaptistes, ils seraient tentés d’abandonner leur foi, car ils risqueraient d’être trop attachés à ces biens terrestres. Il leur donna alors un bon salaire en argent pour leur travail. C’est de cette bête blanche et rouge qu’est issue la race montbéliarde. » Ce récit est proche de celui que le père de Thierry HÜCKEL lui rapporta en précisant que toute légende contient une part de vérité.

Plus sur Joseph GRABER... quelques extraits de la lettre datée du 5 août 1889, qu'il a écrite (signature ci-contre) au Grand Chancelier de la Légion d'Honneur et contenant la liste des "pièces nécessaires à la délivrance du brevet de Chevalier de la Légion d'Honneur" :
      ... depuis son début en 1865 sur le même domaine que ses ancêtres possèdent depuis 1646 [il faut probablement rectifier en 1746
(***) ].
      ... Membre du comice agricole de Lure depuis 24 ans ; délégué de ce comice pour le canton d'Héricourt depuis 14 ans ; vice-président depuis avril 1889.
      ... Membre du conseil municipal de la commune de Couthenans depuis 13 ans.

      Connu pour être un coureur de concours, son palmarès le confirme : 180 prix obtenus, dont 79 premiers prix. Il était fier de ceux reçus au concours de l'Exposition Universelle de Paris de 1889 (celle de la Tour Eiffel !) : 5 premiers prix, 3 deuxièmes, 4 troisièmes et quatrièmes.

      Il a été fait chevalier de la Légion d'honneur, par décret du 31 juillet 1889, qui lui fut remise le 8 septembre 1889 à Héricourt par Boigeol Charles Adolphe, colonel d'artillerie en retraite. Il avait déjà été décoré du Mérite Agricole (chevalier : 6 juillet 1884 ; officier : 3 mai 1889).

 


(*) aussi nommée Lisa ou Lisele, ce qui a conduit des généalogistes à penser que son prénom était Elisabeth. Cette erreur existe aussi dans les actes de naissances d'Etat-Civil pour ses deux derniers enfants, dont Joseph, qui est le dernier des quatre enfants  - Louise, Christ, Pierre le précèdent - tous nés et décédés à Couthenans. Chez les Graber à l'époque, on parlait un dialecte alémanique, incluant la prononciation des prénoms dans ce dialecte.


(**) Dans cette période, liste des comtes de Montbéliard et ducs de Wurtemberg (luthériens) :

 

 

  (***) À partir du début du XIXe siècle, et forts d’une aisance financière réputée, les anabaptistes, dont les Graber, deviennent propriétaires-exploitants. Car, à la Révolution française, les anabaptistes, devenus citoyens français, peuvent enfin jouir d'une existence légale et donc devenir propriétaires. C'est probablement Peter GRABER (1761-1840) qui a acheté de la ferme à Couthenans, dont il était fermier : on peut penser entre 1806 et 1807, car, selon l'acte de naissance de sa fille Marie (née 9.2.1806), il est mentionné comme "cultivateur fermier", ainsi que pour les actes antérieurs , mais en 1807 pour le mariage en novembre de son aîné Jean, avec Catherine Richard, il est cultivateur. Ce dernier couple va ensuite acheter la ferme des Gouttes à Montbéliard.


Quelques références

Boichard J. (1977). L'élevage bovin: Ses structures et ses produits en Franche-Comté. Annales littéraires de l'Université de Franche-Comté, Série Cahiers de Géographie, Besançon, 536 p.

Durot G. D., pasteur (1855). Notice historique, ecclésiastique et statistique sur la paroisse de Couthenans. Tirée des deux notices archivées sous les cotes COU 1 et COU2 (Inspection) aux Archives Municipales de Montbéliard (Compilation faite par Danièle Dufourt en juin 2010, relue et corrigée par Jean Hennequin), 24 p.

Hückel J. (1991). Les anabaptistes et Joseph Graber créent la Montbéliarde. Souvenance anabaptiste, 10, 98-103.1

Hückel J. Bourgenot-Golaz A. (1985). Quelques notes sur la famille anabaptiste Graber et le Pays de Montbéliard. Jura français, 188, 14-17.

Lovy R. J., 1977. Les cinq villages des bois & la Révolution française. Concordia, Nanteuil-les-Meaux, 2 vol., 921 p.

Résener P. de (1892). Abrégé de l'histoire du pays de Montbéliard, depuis les temps primitifs jusqu'à sa réunion à la France en 1793. Pétermann, Montbéliard, 276 p.

Scherb W. (1981). Die politischen Beziehungen der Grafschaft Mömpelgard zu Württemberg von 1723 bis zur Französischen Revolution. Thesis Lett., Uni. Tübingen, 320 p.


Ascendance de Joseph GRABER
[Cliquez sur l'arbre pour agrandir]
et sa Descendance d'un clic

Les données proviennent de diverses sources : Registres des Archives Départementales 25, 70, 90; Geneanet (sites Lorentz, Hückel, Emig...), Serv@nc'nautes, Planete-Généalogie, Rootsweb...


Ainsi, l'origine de la race montbéliarde remonte au XVIIIe siècle, notamment à Couthenans. Cette race est issue de la race Pie Rouge de l’Europe centrale ; elle est le résultat de croisement entre des vaches suisses Simmental et des comtoises Fémeline et Taurache (ces deux dernières races ont été élevées dans la région depuis le XVIIe siècle). Les GRABER de Couthenans pratiquaient la transhumance en envoyant leurs vaches passer la belle saison à Clémont (aujourd’hui Montécheroux), une seigneurie dépendant de Montbéliard : le plus haut village du Pays de Montbéliard. Un tombeau GRABER est visible au pied de motte féodale (du château de Clémont).

Note : Pour les fermiers anabaptistes à leur arrivée en pays de Montbéliard au XVIIIe siècle, un des premiers changements agricoles fut d'introduire des vaches et des taureaux des montagnes du canton de Berne (notamment du Simmental) pour leurs élevages. Et les paysans locaux, leurs voisins, profitant de ces taureaux pour faire saillir leurs vaches, on a vu changer les bêtes à cornes au point que le bétail Pie Rouge est d’un tiers ou d’un quart plus gros qu’avant l’arrivée des anabaptistes.

      Dans la première moitié du XIXe siècle, malgré les différences, le cheptel bovin des anabaptistes continua à être considéré comme bétail comtois : dans les concours du comice de Montbéliard, les bovins des concurrents anabaptistes étaient classés sous la même rubrique de  bétail comtois que ceux de leurs concurrents. En réalité la délimitation entre Fémeline et Taurache (alors appelée Comtoise) était assez incertaine, les deux races n'étant pas très homogènes et les métis nombreux.

      Mais, au milieu du XIXe siècle, la situation change sous l’impulsion de Joseph GRABER, un coureur de concours convaincu, ses vaches s’appelaient  « race alsacienne » ; d’autres, comme LUGBULL, un autre mennonite, utilisaient l’estampille « race franco-suisse ». Mais, après 1870, marquant le retour de l’Alsace dans le Reich allemand, ces dénominations n’étant plus acceptées dans les concours français, le changement de nom était devenu indispensable. C’est en souvenir de l’accueil de leurs ancêtres par Léopold-Eberhard de WURTEMBERG (**), que Joseph GRABER donna le nom de « montbéliarde » (ou race de Montbéliard) à ses vaches, une appellation apparue pour la première fois en 1872 lorsque Joseph GRABER l’utilisa pour un lot de vaches sélectionnées au concours agricole de Langres (Haute-Marne).

      La reconnaissance de cette race sera officielle le  12 décembre 1889 avec  son Herd-Book (= registre généalogique), grâce à l'action conjuguée des éleveurs et des notables de la région de Montbéliard, et après avoir été participée à l’Exposition Universelle de Paris en mai-octobre de la même année. Cette reconnaissance fut l’œuvre d’une équipe très active, comprenant notamment le vétérinaire Jules BOULLAND, le président du comice agricole de Montbéliard Gustave CUVIER, l’inspecteur général de l’Agriculture Léon VASSILIERE et du député de Montbéliard et ministre de l'Agriculture en 1889 Jules VIETTE, originaire de Blamont.

      Un peu plus tard, Pierre LUGBULL (1848-1937), le beau-père du fils de Joseph, Pierre Joseph (1872-1931), gagne le Grand-Prix d’élevage avec une vache de race montbéliarde à l’Exposition Universelle de Paris en 1900.

      Et, un siècle après, la race Montbéliarde constitue la quasi-totalité de la population bovine de Franche-Comté. Aujourd’hui, cette race est  un des fleurons de l'élevage française, exportée dans le monde entier. Son poids dans l'économie franc-comtoise est considérable car elle est à la base du revenu des exploitations agricoles de cette région.

La Montbéliarde est une race de grande taille, à robe pie rouge, le blanc s’étendant à la partie inférieure du corps et aux extrémités, le rouge de couleur franche et vive, prédominant à la partie supérieure du corps. Le poids moyen des femelles adultes se situe aux environs de 650 à 800 kg, celui des taureaux de 1000 à 1200 kg. La Montbéliarde a de remarquables qualités laitières: plus de 6000 kg de lait par an. Son lait sert à fabriquer le gruyère français, le comté et le vacherin du Haut Doubs.


Liens


 

Carte de distribution géographique des descendants GRABER (non exhaustive) jusqu'au début du XXe siècle, sur un fond de carte de la fin du XVIIIe siècle avec les limites de la Principauté Wurtemberg-Montbéliard, de son comté et de ses seigneuries
(Abbévillers dépendait du comtat, ainsi que la seigneurie de Clémont)

 


 

À lire

Emig C. C. 2014. Généalogie Graber en Franche-Comté. Nouveaux eCrits scientifiques, NeCs_02-2014, p. 1-10 .

  • 1. Historique des Graber de Huttwil (CH-Emmental) aux Gouttes (F-Montbéliard)
  • 2. Joseph Graber (1840-1923) et la race bovine montbéliarde (F-Couthenans)

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